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samedi 28 avril 2018

Bien intégrer les idées orphelines à l’intrigue avec la méthode « Et si +»



Dans l’article précédent, je vous parlais de la méthode « Et si » que j’utilise quand je construis une intrigue à partir de zéro. Par contre, cette approche me pose problème lorsque je veux en retravailler une déjà établie, mais qui ne convient plus pour x raisons. Je souhaite généralement en conserver certaines idées que j’aime bien, mais qui se retrouvent maintenant orphelines d’intrigue, puisque cette dernière sera modifiée. Ces idées perdent alors leur emplacement logique dans le fil de l’histoire. Je cherche donc à les réintégrer au bon endroit. Le problème est que je ne sais plus par où commencer. Je m’y perds… C’est comme un gros brouillon dans ma tête, un brouillard même, car je n’y vois plus clair du tout. Suis-je la seule à qui ça arrive?

J’ai donc décidé d’organiser mes pensées en une méthode que je nomme « Et si + », que j’utilise comme guide vers la sortie de ce brouillard. Finies les longues périodes de blocage! Elles sont chose du passé, car j’avance désormais tous les jours grâce à cette méthode personnelle que voici.

Retravailler une intrigue avec la méthode « Et si + »

Introduction :

Il s’agit en fait de la méthode « Et si » (voir l’article précédent) à laquelle j’ai ajouté deux étapes et légèrement modifié quelques autres (d’où le + dans « Et si + »). Pour vous éviter de relire au complet les explications de cette version, je décrirai chacune des étapes dans celui-ci. Prenez note que j’ai simplement recopié celles qui demeurent inchangées (2, puis 5 à 9).

Pour élaborer une toute nouvelle intrigue à partir de zéro, c’est-à-dire sans élément préexistant que vous souhaitez conserver, l’approche « Et si » conviendra davantage. Voici le lien pour la consulter: Trouver des idées et construire une intrigue avec la méthode "Et si"

Pour moi, cette façon de procéder fonctionne à merveille. Je viens même juste de la tester. Suivre les étapes une à une m’a permis de progresser régulièrement. Cette méthode m’aide à y voir clair et me fournit les outils nécessaires pour franchir les murs d’obstacles que je rencontre en cours de route.

En bref, les étapes à suivre :
  1. Déterminer le point de départ A et le point d’arrivée B de la nouvelle intrigue
  2. Imaginer le chemin le + facile à parcourir
  3. Noter les éléments à conserver de l’ancienne intrigue + ceux nouveaux que vous avez déjà en tête
  4. Associer chacun de ces éléments à une étape précise du parcours qui sera adapté pour une bonne cohérence
  5. Ajouter des obstacles à chaque étape avec des « Et si »
  6. Approfondir chaque « Et si » au maximum
  7. Répondre à toutes les questions
  8. Choisir ce qui inspire le +
  9. Corriger les incohérences et résumer la nouvelle intrigue
Au cas où cette méthode pourrait aussi servir à d’autres, voici les explications détaillées de chacune de ces étapes.


1. Déterminer le point de départ A et le point d’arrivée B de la nouvelle intrigue

Quand je décide de retravailler une intrigue, c’est que bien sûr j’en avais d’abord écrit une. Mes personnages commençaient quelque part, évoluaient et terminaient ailleurs. L’intrigue comprenait donc un point de départ A et un point d’arrivée B représentant un lieu, une situation, un état psychologique ou autre. À vous de décider si ces deux points demeureront les mêmes ou non. Après tout, vous pourriez ne transformer que le contenu de votre intrigue sans toucher le A et le B.

En ce qui me concerne, lorsque je modifie une intrigue, je sais souvent où je veux qu’elle commence, alors que je peine à me décider où elle se terminera. Par contre, je considère important de le définir à l’avance, question d’aller dans la bonne direction. Quand j’écris sans avoir déterminé la fin, je me sens perdue. Tandis que si je prends le temps d’y réfléchir d’abord, tout devient plus clair.

Pour m’aider à choisir mes points A et B, je commence par trouver le but de mon intrigue, je décide s’il sera atteint ou non et, s’il ne l’est pas, ce qui le sera à la place. Au besoin, je me pose les questions suivantes :
  • Quel objectif mon personnage veut-il atteindre?
  • Comment l’histoire le changera-t-il?
  • Au final, qu’est-ce qu’il y gagnera?
Après avoir établi le point de départ et celui d’arrivée, je passe à l’étape suivante.


2. Imaginer le chemin le + facile à parcourir

Une fois que j’ai déterminé d’où partiront mes personnages et où ils se rendront, j’entre dans leur peau et visualise le trajet qu’ils emprunteront. Je parle ici du chemin parcouru sans aucun obstacle, autrement dit, si tout allait bien dans le meilleur des mondes…

S’il s’agit d’un parcours physique, j’imagine chacune des étapes par lesquelles ils passeront. Par exemple, Gabriel ouvre la porte, sort de la pièce, se rend à la voiture qu’il déverrouille puis démarre, emprunte la rue Y, tourne à droite à la deuxième lumière, arrête au bar près du quai pour rencontrer une telle personne qui lui transmettra les informations qu’il a besoin pour poursuivre sa quête.

Si le parcours en est un psychologique, alors c’est un peu différent, mais le principe demeure le même. Il suffit de s’imaginer les étapes de progression. Par exemple, un ami décède, ce qui rend Mélanie triste et l’oblige à chercher des solutions pour retrouver la joie de vivre, elle va à la bibliothèque emprunter des livres sur la méditation et s’inscrit à une classe de yoga, etc.

Plus les étapes seront détaillées, plus je serai inspirée pour la suite. Il n’est aucunement nécessaire de les écrire, mais personnellement je le fais, ça m’aide à réfléchir.

Dans mes romans, mes personnages élaborent souvent de jolis plans à suivre, et je m’amuse à tout faire tourner mal… Vous savez, ces fameux imprévus qui donnent du piquant à l’histoire?

Alors, comment vos personnages ont-ils prévu de procéder pour atteindre le but visé?


3. Noter les éléments à conserver de l’ancienne intrigue + ceux nouveaux que vous avez déjà en tête

Reconstruire une intrigue est un peu comme faire un puzzle. Au début, on ne sait trop par où commencer. On retourne à l’endroit les petites pièces pour y voir plus clair, choisit toutes celles représentant par exemple une bicyclette et les assemble pour qu’elle se forme sous nos yeux. Avec de la patience, pas à pas, on pose les bons morceaux à la bonne place et complète enfin le casse-tête. Pour l’intrigue, c’est pareil. Il y a tant de pièces à regrouper! Et pas n’importe comment, mais de façon organisée et cohérente.

Note : D’accord, je pourrais ici entrer dans la complexité de ce que doit comprendre une intrigue et l’art de l’élaborer en maintenant le mystère pour le lecteur, etc., mais ce n’est pas le but de cette méthode. Je vise plutôt à simplifier les étapes, pour parvenir à produire l’ébauche d’une intrigue. Il sera toujours temps de la peaufiner plus tard, mais au moins, vous ne serez plus dans le brouillard.

Quand vient le moment de construire ma nouvelle intrigue, j’ai souvent déjà en tête quelques idées, alors je les note sous forme de liste. Je relis mon plan ou y réfléchis, puis ajoute à cette liste les éléments que je souhaite vraiment conserver, surtout ceux qui affectent le déroulement de l’histoire (en dehors de cette intrigue-ci). Pour m’aider à y voir plus clair, j’aime ensuite les classer par ordre d’arrivée des évènements.

Par exemple, si le but de la nouvelle intrigue est que Nicolas retrouve un précieux objet qui a été volé, les anciens éléments que vous souhaitez intégrer dans la nouvelle version pourraient être (en ordre chronologique) :
  1. Nicolas rencontre Sara.
  2. Nicolas sauve la vie de Sara. Elle le remarque alors et s’y intéresse.
  3. Sara propose à Nicolas une sortie en boîte où il apprend qu’elle est la fille du voleur qu’il suspecte.

4. Associer chacun de ces éléments à une étape précise du parcours qui sera adapté pour une bonne cohérence

À partir d’ici, les choses se corsent… Il y a beaucoup de décisions à prendre, la tête travaille fort pour placer chaque évènement au bon endroit, choisir ceux qu’il faut délaisser, etc. Je prends donc le temps qu’il faut pour passer au travers, un élément à la fois. Personnellement, j’aime me servir de la liste établie au point 3. Je la développe, l'organise et la modifie au fur et à mesure que j’avance avec la méthode.

D’abord, j’associe chacun des éléments de l’étape précédente à un endroit précis du parcours entre A et B. Si j’ai plus d'une option et que j’hésite à me décider, je les note toutes en vue de choisir plus tard.

En reprenant le dernier exemple, à quel moment dans la suite d'évènements Nicolas pourrait rencontrer Sara? Possible que, suite aux infos qu’il a reçues, il se rend à une adresse pour enquêter sur le vol. En tournant dans une rue, sa voiture passe près de frapper Sara qui traverse en courant. Elle lui crie des noms et c’est comme ça qu’il la remarque.

Quand tout est enfin placé au bon endroit et que je relis la liste de points un à la suite de l’autre, la trame paraît quelque peu décousue. Je l’adapte donc pour m’assurer que tout se suive bien. Au besoin, je modifie quelques éléments ou j’en élimine.

Par exemple, dans le nouveau parcours, Nicolas n’a plus l’opportunité de sauver la vie de Sara. À la place, j’intégrerai une autre façon qui amènera Sara à remarquer Nicolas et s’y intéresser. Je modifierai donc cet élément. Sinon, j’aurais pu changer le parcours pour donner la chance à Nicolas de sauver la vie de Sara. Je constate aussi qu’il ne convient malheureusement plus que Sara propose une sortie à Nicolas, alors, j’élimine ce point. Ce n’est pas grave, car l’occasion d’ajouter d'autres éléments à l’intrigue reviendra plus tard.

Note : Avant de passer à l’étape suivante, il est préférable d’avoir une idée claire du nouveau chemin à parcourir et de l’endroit exact où intégrer les éléments à conserver. Moi, question de mieux m’y retrouver, je fais le ménage de ma liste en plaçant tout en ordre chronologique, en supprimant ce que je n’utiliserai pas et en faisant des choix là où j’hésitais.


5. Ajouter des obstacles à chaque étape avec des « Et si »

Vous connaissez désormais le chemin que parcourront vos personnages. Maintenant, il est l’heure d’y foutre la pagaille! Pour ce faire, je reprends le trajet de l’étape précédente (après le grand ménage) et j’y ajoute des obstacles. Je dresse une multitude de possibilités en énumérant tous les « Et si » auxquels je pense. Cette liste n’aura de limite que votre imagination! Qu’est-ce que signifient ces « Et si »? Pour le comprendre, voici un exemple…

Parcours imaginé : Jim doit passer par la route Du-petit-chemin pour rencontrer M. Mystère au quai Près-du-lac, qui lui donnera des renseignements utiles à sa quête.

Vous pourriez alors vous poser les questions suivantes en commençant chacune par « Et si » :
  • Et si la route Du-petit-chemin était bloquée par l’ennemi?
  • Et si M. Mystère n’était pas au rendez-vous?
  • Et si Jim se rendait au mauvais endroit pour la rencontre?
  • Et si Jim arrivait en retard pour rencontrer M. Mystère?
  • Et si Jim recevait de faux renseignements de la part de M. Mystère?
Il existe de nombreuses possibilités, non? Allez, sortez vos idées sans oublier les plus farfelues. Vous déciderez plus tard si vous les retenez ou non. Mais ces idées, même les plus folles, pourraient vous mener sur une route très intéressante et captivante pour votre lecteur!

Alors, quels obstacles ou imprévus se présenteront?


6. Approfondir chaque « Et si » au maximum

Pour chacun de ces « Et si » posez-vous des sous-questions comme les raisons, le motif, etc. Creusez aussi profond que vous le souhaitez! Voici ce que ça donnerait avec l’exemple précédent…
  • Et si la route Du-petit-chemin était bloquée par l’ennemi?
    • Pour quelles raisons? Étaient-ils au courant que Jim y passerait? Si oui, comment l’ont-ils appris?
  • Et si M. Mystère n’était pas au rendez-vous?
    • Pourquoi serait-il absent?
  • Et si Jim se rendait au mauvais endroit pour la rencontre?
    • Pourquoi? Aurait-il mal compris ou interprété? Quelqu’un lui aurait-il mis des bâtons dans les roues? Qui et pour quel motif?
    • Que se passera-t-il alors?
  • Et si Jim arrivait en retard pour rencontrer M. Mystère?
    • Qu’est-ce qui l’aurait retenu?
    • Quelles seraient les conséquences?
  • Et si Jim recevait de faux renseignements de la part de M. Mystère?
    • Quels en auraient alors été ses motifs?

7. Répondre à toutes les questions

Ici, je prends le temps de répondre à chacune des questions/possibilités. Vous pouvez écrire, mentionner verbalement ou bien penser à vos réponses. À vous de décider. Personnellement, j’écris. Ça me permet de voir à quel point l’idée m’inspire ou non. Je réfléchis aussi aux solutions à ces obstacles. Que fera mon personnage pour retourner sur le chemin qui le conduira à l’arrivée (point B)? Quelles seront ses actions pour surmonter les imprévus qui se présentent?


8. Choisir ce qui inspire le +

Parmi toutes ces idées d’obstacles, j’en choisis une ou plusieurs. Je sélectionne celles qui m’inspirent le plus, me surprennent davantage, ou encore, conviennent mieux à mes personnages et à mon histoire. J’aime les mettre en rouge. Bien les repérer facilitera l’étape suivante.

Personnellement, je trouve qu’un seul rebondissement n’ajoute pas suffisamment de piquant, à moins que le roman comporte plusieurs intrigues. Mais attention, l’équilibre est de mire. Idéalement, chaque détour au parcours doit avoir sa raison d’être (oh-oh... j’espère avoir respecté ça dans mes romans!). Ajouter un obstacle que pour ajouter un obstacle crée à mon avis une longueur inutile dans le récit. Tandis qu’un détour qui sert à l'évolution des personnages ou de l’histoire ne peut que la bonifier et la rendre plus captivante.


9. Corriger les incohérences et résumer la nouvelle intrigue

Ici, encore une fois, je fais le ménage. Je m’assure que tous les éléments sont placés en ordre chronologique. Je réponds à toutes les questions laissées sans réponse, celles que je me posais pour relever une incertitude ou une incohérence. Je prends des décisions sur ce qui fonctionne ou non et ce que je conserve ou non. Je supprime donc les doutes ainsi que les éléments inutiles. J’ajoute tous les détails que je juge pertinents pour la logique de l’intrigue. Je révise le tout et, au besoin, modifie encore quelques points. Quand tout me satisfait, je passe à l’écriture en me servant de cette liste d’évènements comme plan.

❀❀❀

Voilà! Vous connaissez maintenant comment je procède. Qui sait, cette méthode vous conviendrait peut-être aussi… N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ou à me poser vos questions dans les commentaires.

Note : La méthode « Et si + » est entièrement fondée sur ma propre expérience. Vous êtes libres de la partager pour usage personnel, dans les réseaux sociaux ou sur votre blogue, à la condition de toujours référer à son auteure, moi, et d’inclure un lien vers cet article de mon blogue.


2 commentaires :

  1. Je ne me suis encore jamais retrouvée dans un cas comme celui-là (vouloir modifier une intrigue existante), mais si un jour ça m'arrive, je me servirai peut-être de cette méthode :-D
    Merci pour ces conseils !

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  2. Moi, je me suis retrouvée dans cette situation après avoir fait quelques changements dans les 2 tomes précédents celui que j'avais déjà écrit à moitié. Je ne trouvais vraiment pas facile de m'y retrouver, de savoir quoi conserver, quoi modifier, comment bien intégrer les nouveaux éléments, etc. Cette méthode m'a vraiment beaucoup aidée. Sinon, je serais peut-être encore en train de chercher comment m'en sortir. ;)

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